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« La crise actuelle, occasion unique de rendre le sport plus équitable » entre hommes et femmes

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Les footballeuses américaines, quadruples championnes du monde, figurent parmi les figure de proue du sport féminin mondial et réclament d’être payées davantage que les hommes parce qu’elles remportent plus de matches.

Face à la crise économique engendrée par le coronavirus, se pose la question de la fragilité du sport professionnel féminin. Va-t-on assister au renforcement des inégalités de genre au sein du sport mondial ou au contraire à un développement des pratiques féminines ? Dans un entretien au « Monde », la sociologue australienne Madeleine Pape, de l’université américaine de Northwestern, plaide pour un changement de paradigme vers une féminisation accrue du sport professionnel.

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Dans une tribune au Guardian en mars, vous vous inquiétiez de ce que la crise économique due au coronavirus stoppe la croissance du sport féminin. Redoutez-vous que celui-ci serve de variable d’ajustement ?

J’espère que non, mais on s’aperçoit que le soutien réel au sport professionnel féminin est relativement faible. Les clubs féminins ont été agrégés à des clubs auparavant exclusivement réservés aux hommes, dans une sorte d’exercice de relations publiques et de démonstration de bonne volonté de la part de ces derniers, plutôt que dans un véritable investissement dans le sport féminin. Les clubs féminins seront toujours considérés comme un projet « pesant » que l’on tolère quand tout va bien, mais qui ne se justifie plus quand l’économie va mal.

Ce qui est frustrant pour moi c’est la rapidité avec laquelle les médias et le public expriment leur manque de sport masculin, en évoquant son importance pour le moral de la nation et en oubliant complètement le sport féminin. Il n’y a pas que le sport masculin qui puisse être divertissant et excitant.

En Europe, les clubs de football au féminin sont dépendants de clubs professionnels masculins. Est-ce un danger ou une sécurité ?

C’est une épée à double tranchant : d’un côté, cela donne aux femmes l’accès à la structure et aux ressources de ligues bien établies, bien sûr pas au même degré que les hommes. Mais de l’autre, elles restent soumises aux caprices des dirigeants, pour qui le sport masculin demeure le principal et l’universel tandis que le sport féminin n’est que son complément caritatif.

Alice Milliat [ex-militante et pionnière du sport féminin] savait bien que les sportives féminines ne pouvaient pas compter sur des organisations sportives dirigées et tournées vers les hommes pour les soutenir.

La situation dans les grands pays de sport anglo-saxons, en Australie et aux Etats-Unis, est-elle meilleure ?

Il est possible que la WNBA [la ligue américaine professionnelle de basket féminin] soit dans une meilleure situation que les autres car elle possède sa propre gouvernance indépendante et sa propre structure de financement, bien qu’il faille rester prudente sur la manière dont elle sera affectée par la pandémie.

En Australie, je pense que l’AFLW [la Ligue professionnelle féminine de football australien ou footy] et le cricket féminin peuvent mieux s’en sortir que les autres sports professionnels féminins, tout simplement parce qu’ils ont bénéficié de plus forts soutiens de la part de leurs organes directeurs, avant et après le début de la pandémie. Encore une fois, cela reste à confirmer.

Pensez-vous que la crise puisse être un déclencheur pour que le sport féminin, en particulier le football, se développe et trouve sa propre économie ?

Peut-être. Bien que je pense que ça va dépendre de notre capacité à reconnaître que le sport masculin n’est autosuffisant que dans la mesure où nous, c’est-à-dire les fans, les sponsors, les médias et les états, avons choisi qu’il le soit.

Nous pourrions tout aussi facilement consacrer nos investissements en temps et en argent au sport féminin. On s’aperçoit en ce moment des efforts considérables nécessaires au maintien de la domination du sport masculin tel que nous le connaissons. Il suffit de regarder par exemple les clubs de la Premier league anglaise, qui se ruent pour obtenir des renflouements.

Nous avons une occasion unique de déconstruire notre investissement historique sur le seul sport masculin, de tout réinitialiser, de changer les structures de financement et de gouvernance du sport et de le rendre plus équitable sur la question du genre.

Pour y parvenir, il faudra un large consensus et une reconnaissance qu’une autre façon de faire est possible, et que le sport n’en sera in fine que plus agréable et gratifiant à suivre.

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