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Face au coronavirus, la précarité aggravée des prostituées

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Une prostituée chinoise se promène dans une rue du quartier des Belleville à Paris, le samedi 31 janvier 2009, à la recherche de clients. THIBAULT CAMUS/AP

Une clientèle évaporée et une santé à préserver : la précarité des travailleuses du sexe, dont la chute des revenus poussent certaines à la rue, s’est aggravée à l’heure du confinement institué pour endiguer la propagation du coronavirus.

Le dernier client de Pamela* remonte au 16 mars, à la veille du confinement. « Je n’ai pas le choix puisque je travaille dans la rue et je me déplace chez les gens », explique cette prostituée toulousaine de 46 ans. Pourtant, les sollicitations n’ont pas complètement cessé, mais Pamela les ignore : « Payer une amende de 135 euros pour un client à 50, non… » Pour l’instant.

Si le confinement devait se prolonger, son maigre matelas financier ne suffira plus. « Je vais prendre des risques, c’est obligé. Même si je fais deux clients par semaine, ça paiera au moins la nourriture », dit-elle. « La situation est dramatique », s’inquiète Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice à l’ONG Médecins du monde.

« Il n’y a quasiment plus de clients. Combien de temps vont-elles pouvoir arrêter de travailler ? Etre en bonne santé sans pouvoir manger, ni nourrir ses enfants, c’est compliqué. »

Cagnottes en ligne

Les travailleuses du sexe (TDS), dont une minorité exerce sous le statut d’autoentrepreneur, ne pourront pas non plus prétendre à l’aide de 1 500 euros promise par l’Etat pour les indépendants en compensation de leur baisse d’activité.

La communauté, très solidaire, a lancé plusieurs cagnottes en ligne. Celle relayée par la page Instagram « Tapotepute », suivie par plus de 13 000 abonnés, s’élève à plus de 10 000 euros. « On espère aider une trentaine de TDS », explique Judith*, 22 ans, escort à Paris et créatrice de la page.

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Pour celles qui continuent d’exercer « pour assurer leur survie », le Syndicat du travail sexuel (Strass) a diffusé sur son site une série de recommandations, comme « éviter tout contact de la salive » ou « toute position sexuelle en face à face ».

Beaucoup d’associations, qui ont dû cesser leurs maraudes, s’inquiètent aussi de voir leurs bénéficiaires expulsées de leurs logements, faute d’avoir pu payer leur loyer. « Avec le confinement, beaucoup d’hôtels ont fermé et des travailleuses du sexe se sont retrouvées à la rue », explique Antoine Baudry de l’association Cabiria, basée à Lyon.

Migration sur les sites spécialisés de webcams

Les plus précaires sont les femmes migrantes, sans papiers, qui ne parlent pas toujours français. « Pour elles, ce n’est pas simple de savoir ce qu’elles ont le droit de faire et ne pas faire. (…) Les personnes qu’on a eues au téléphone sont complètement désemparées », souligne June Charlot, médiateur santé à Grisélidis.

Cette association toulousaine tient ce mardi une « permanence exceptionnelle » pour distribuer des aides d’urgence, un peu d’argent, des kits de prévention et des attestations de déplacement.

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La crise sanitaire ne touche pas que la prostitution de rue, mais aussi les escorts. « Mes clients sont assez fortunés, ils sont conscients des risques, ils ne me sollicitent plus », explique Charlie*. Cette Parisienne de 28 ans pouvait gagner 2 000 euros par mois « sans beaucoup travailler ». « J’ai un peu de sous de côté, mais je ne pourrai pas tenir plus d’un mois », glisse-t-elle.

Contre l’interdiction des contacts physiques, la migration sur les sites spécialisés de webcams s’impose comme la solution. Pour celles qui en ont les moyens. « Je ne fais pas confiance à Internet et les paiements en ligne je ne sais pas faire », explique ainsi Nathalie*, escort toulousaine de 48 ans.

« Les plates-formes manquent de sécurité, de confidentialité. N’importe qui peut faire une capture d’écran puis la partager », déplore Charlie, qui craint de subir des chantages type « revenge porn » ou des campagnes de cyberharcèlement. Les accès gratuits offerts par plusieurs grandes plates-formes pornographiques pendant le confinement ont également asséché la clientèle. « Elles se rachètent une bonne image, génèrent du clic et des revenus publicitaires mais rien ne nous sera redistribué », peste Eva.

* Les prénoms ont été modifiés

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Le Monde avec Reuters

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