HAITI 24 NEWS

Au procès du djihadiste des prisons, les larmes ambiguës de Bilal Taghi

au-proces-du-djihadiste-des-prisons,-les-larmes-ambigues-de-bilal-taghi

Le jeune homme de 27 ans est jugé pour avoir tenté de tuer deux surveillants pénitentiaires, en 2016.

Par Publié aujourd’hui à 04h20, mis à jour à 06h16

Temps de Lecture 5 min.

Dessin d’audience montrant Bilal Taghi, debout, devant la cour d’assises spéciale de Paris le 19 novembre. BENOIT PEYRUCQ / AFP

Parfois, Bilal Taghi bute sur un mot. Certaines de ses phrases s’interrompent, inachevées. Un silence. Puis, devant la cour d’assises spéciale de Paris, mardi 19 novembre, il dit : « J’aimerais avoir les mots magiques pour tout vous déballer, vous dire… » Il écarte les bras, sans conclure. Au-delà d’un manque de vocabulaire, le jeune homme de 27 ans semble surtout soupeser chaque terme employé. Bavard, Bilal Taghi n’a pas toujours été aussi prudent dans ses propos.

Le 4 septembre 2016, alors détenu à la prison d’Osny (Val-d’Oise), il tente de tuer deux surveillants pénitentiaires. La France connaît alors sa première attaque djihadiste en milieu carcéral. En guise de couteau, le détenu radicalisé a aiguisé une ferrure de la fenêtre de sa cellule. Il atteint l’un des gardiens à la gorge, puis s’attaque à un autre venu s’interposer. Avant d’être neutralisé, il griffe le symbole de l’organisation Etat islamique (EI) sur une porte métallique, et dessine sur une vitre un cœur, avec le sang coulé par terre.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A la prison d’Osny, la piste d’une attaque djihadiste concertée

Au lendemain de l’attaque, il s’adresse à deux détenus : « Quand on sera rôdé, ce sera pire. Là je fais mes débuts en prison, mais bientôt ce sera dehors. » Face aux policiers, puis devant le juge, Bilal Taghi revendique son geste, défend l’EI et les attentats perpétrés en France. La charia, aussi, qu’il trouve « juste » et plus dissuasive que la justice française.

Durant l’enquête, il se vante d’avoir berné les psychologues censés évaluer sa dangerosité : « Pour eux, un gars comme moi qui est bavard et qui aime bien parler est quelqu’un de réinsérable, tandis que quelqu’un de plus discret, qui parle moins, ils vont dire que c’est quelqu’un de nécessairement dangereux, même s’il est moins dangereux que moi. »

Comprendre la trajectoire de l’accusé

Mais mardi matin, entre deux sanglots, Bilal Taghi a changé de ton. « Il n’y a rien qui pourrait justifier ce que j’ai fait, dit-il à la cour. J’ai fini par faire ces conneries pour assouvir une vengeance, pour soulager une peine. Mais ça n’a fait qu’aggraver la peine et bousiller leur vie [celle des deux gardiens], la mienne, celle de ma famille. (…) C’est ça qui me travaille, ce que j’ai fait. Putain, je suis vraiment désolé. » Avec le mouchoir qui lui servait à nettoyer ses lunettes, il s’essuie les joues.

Avant d’évoquer l’attaque de 2016, plus tard dans la semaine, la présidente de la cour, Emmanuelle Bessone, veut comprendre la trajectoire de l’accusé. Sa radicalisation, sa famille, son enfance à Trappes, dans les Yvelines.

The post Au procès du djihadiste des prisons, les larmes ambiguës de Bilal Taghi appeared first on Haiti24.

Comment here